Violences sexuelles dans le sport : les athlètes sortent du silence



Dans son livre « Un si long silence », l’ancienne patineuse Sarah Abitbol livre un témoignage poignant. Elle y raconte avoir été violée à l’âge de 15 ans par son entraîneur de l’époque, Gille Beyer. La publication récente de cet ouvrage réveille les consciences, et de nombreuses sportives révèlent avoir vécu le même drame lors de leur carrière. Que se cache-t-il derrière ces scandales sexuels ?

Des témoignages de femmes dans tous les domaines sportifs

Matchs, performances, paris sportifs : le sport est un monde de loisir et d’amusement. Pour préserver cette image, les problèmes de violences sexuelles sont très longtemps restés tabous et cachés. En 2005, c’est l’ancienne joueuse de tennis Isabelle Demongeot qui est l’une des premières à sortir du silence en portant plainte contre celui qui fut son entraîneur entre 1977 et 1989. Lors du procès qui a lieu en 2012, la championne de tennis révèle avoir subi des violences sexuelles de sa part alors qu’elle n’était âgée que de 14 ans. Plus récemment, un entraîneur de tennis de Sarcelles a été puni d’une peine de prison pour des agressions sexuelles sur plusieurs mineures, ayant eu lieu entre 1999 et 2005.

Le monde du football et de la natation ne sont pas épargnés, avec la mise en examen en 2017 d’un entraîneur de natation des Hauts-de-Seine et le placement en détention d’un entraîneur de foot des Yvelines. Suite aux aveux des sportives, le journal l’Équipe a décidé de publier le récit de patineuses et nageuses ayant affirmé avoir été victimes d’abus sexuels lorsqu’elles étaient mineures.

Un problème mal pris en compte par les institutions sportives

La prescription protège les auteurs des faits lorsque ceux-ci ont eu lieu il y a plus de 30 ans. Depuis leurs agissements, les entraîneurs de patinage Beyer ou Racle ont donc continué à exercer de grandes responsabilités dans le domaine du patinage artistique. Les paroles qui se délient aujourd’hui sont donc le fruit d’une longue lutte contre le silence et le déni. Toutes les sportives touchées décrivent leur sentiment de honte et d’isolement, qui les a empêchées de porter plainte plus tôt.

Face à ces dérives, les barrières ne sont pas assez importantes. Les encadrants de sportifs mineurs ne sont pas assez contrôlés. Si les Fédérations sportives signent des conventions avec des associations de lutte contre les abus sexuels, elles ne semblent pas avoir pris la réelle mesure du problème, et n’ont pas montré de positionnement fort sur le sujet. L’État et le Ministère en charge des sports ne se sont pas non plus exprimés clairement. Toutes les institutions s’indignent face aux récents témoignages, tandis que les principaux intéressés demandent la mise en place de solutions efficaces.

Face aux scandales sexuels qui frappent le monde sportif, se pose donc aujourd’hui la question du modèle de gouvernance dans le sport. La responsabilité doit être assumée, et doit être suivie d’actions concrètes.

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